En marge du 34e sommet de la Ligue arabe à Bagdad, le chef de la diplomatie bahreïnienne, Abdullatif bin Rashid Al Zayani, s’est entretenu avec le président de la Commission de l’Union africaine, Mahmoud Ali Youssouf. Les deux responsables ont réaffirmé « l’engagement partagé à approfondir le partenariat ». Une formule diplomatique classique, mais qui pose une question légitime : quelles suites concrètes ?
Le contexte est porteur. À Bagdad, M. Youssouf a multiplié les échanges avec des ministres des États membres du CCG et avec le secrétaire général du Conseil, tout en appelant à une coopération régionale et internationale pour mettre fin aux crises au Soudan et en Libye, et stabiliser la Somalie. Les priorités africaines de paix et de sécurité rencontrent ainsi l’intérêt croissant des monarchies du Golfe pour le continent.
Sur la sécurité maritime, Bahreïn dispose d’atouts réels. Le royaume abrite le quartier général des Forces maritimes combinées, coalition multinationale chargée de la sécurité des routes maritimes, ainsi que la Ve flotte américaine. Or, la mer Rouge et le golfe d’Aden, où piraterie et instabilité menacent le commerce mondial, concernent directement l’Afrique de l’Est. Manama pourrait y proposer coordination, partage d’informations et formation des garde-côtes africains.
Sur l’investissement, tout reste à construire. Bahreïn, l’une des plus petites économies du Golfe, n’a ni le poids financier de ses voisins ni leur présence établie en Afrique. Mais cette modestie peut devenir un atout : fort de son expertise bancaire et de son rôle de place financière régionale, le royaume peut jouer les facilitateurs, en associant capitaux du Golfe et projets africains dans les ports, la logistique et la finance.
Reste à transformer l’essai. Un partenariat ne se décrète pas dans les couloirs d’un sommet : il se mesure à des mécanismes. Une feuille de route avec la Commission de l’UA, des consultations politiques, un dialogue sur la sécurité maritime associant les pays riverains, des missions économiques et des programmes de formation seraient autant de signaux crédibles. Pour l’Afrique, l’enjeu est de choisir des partenariats d’égal à égal, fondés sur des projets concrets et des bénéfices partagés. Pour Bahreïn, l’occasion est de faire d’un échange de courtoisie le premier jalon d’un pont entre le Golfe et le continent.
