Bahreïn : Transformer la vulnérabilité en levier d’attraction des investissements, le pari du prince héritier Salman bin Hamad.

Face aux secousses de la guerre iranienne, Manama a choisi de répondre par l’économie plutôt que par la seule force. En octobre 2026, le prince héritier et Premier ministre Salman bin Hamad a réuni le Conseil de développement économique, où il a vanté la « résilience » du royaume face aux « attaques hostiles iraniennes ». Télécommunications, technologie, tourisme et industrie y ont été désignés comme les premiers bénéficiaires des capitaux investis.

Cette assurance affichée masque de lourdes contraintes. Le FMI anticipe pour 2026 un recul à deux chiffres de l’activité, tandis que les primes de CDS à cinq ans avoisinent 350 points de base et que les réserves de change, tombées à 3,1 milliards de dollars, couvrent moins de deux mois d’importations d’avant-guerre. En affichant sa solidité, le pouvoir veut rassurer les investisseurs et érige l’attrait des capitaux étrangers en pilier de sa sécurité nationale.

La technologie arrive en tête, et pour cause. Dès 2018, le royaume a accueilli le premier grand centre régional d’Amazon Web Services, puis adopté la première loi de la région sur les « ambassades de données », qui permet à des États étrangers d’héberger leurs données sous leur propre juridiction. La souveraineté numérique devient un argument juridique de séduction. Bahreïn offre souplesse réglementaire et avantage du pionnier, et s’arrime aux chaînes du cloud américaines, chinoises et émiraties : une assurance sécuritaire.

Le cap reste la sortie du tout-hydrocarbures. Au Forum manufacturier du Golfe, tenu en parallèle, le ministre de l’Industrie et du Commerce a indiqué que l’industrie manufacturière occupe désormais la deuxième place du PIB, devant le pétrole et le gaz. Plus de dix ans d’efforts du Conseil de développement économique l’expliquent : loyers industriels supprimés, exemptions tarifaires, propriété étrangère ouverte à 100 %. La prévisibilité des politiques compense l’étroitesse du marché.

Le modèle a toutefois ses limites. L’appui financier des voisins du Golfe reste un filet indispensable pour défendre la monnaie et honorer la dette. La « résilience » proclamée dépend donc largement des calculs de Riyad et d’Abou Dhabi, qui ne veulent ni crise monétaire ni défaut souverain au sein du CCG. Paradoxalement, la fragilité sécuritaire de Bahreïn est l’une des raisons pour lesquelles ses alliés l’épaulent.

À l’ombre du détroit d’Ormuz, Salman bin Hamad convertit les capitaux en soutien politique. La vulnérabilité demeure entière, mais c’est sans doute l’option la plus pragmatique.

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