Botswana : La redevabilité comme socle de la gouvernance sous l’impulsion du Président Duma Boko

Le Président botswanais Duma Boko a lancé un combat sans précédent contre la corruption, déterminé à restaurer la confiance des citoyens dans leurs institutions. Élu en octobre 2024 sur un programme fermement axé sur la lutte contre la corruption, il a engagé une vaste opération de traque des fonds publics détournés.

Au cœur de cette stratégie figure un audit forensique historique couvrant une décennie de dépenses publiques, d’avril 2014 à mars 2024. Confié au cabinet international Alvarez & Marsal Middle East Limited pour un montant de 54,7 millions de pula, cet audit a passé au crible les finances de 30 entités publiques, dont des ministères, des entreprises d’État et des organismes de régulation. Le Président Boko a tenu à préciser que l’opération n’était pas destinée à cibler des individus mais à renforcer la responsabilité, la transparence et la gouvernance dans les institutions publiques.

Les résultats ont dépassé toutes les attentes. L’audit a mis au jour une perte estimée à 33 milliards de pula, liée à des soupçons de corruption généralisée, de fraude et de mauvaise gestion financière. 814 cas d’irrégularité ont été identifiés, et 80 dossiers ont été signalés pour une enquête criminelle ou disciplinaire immédiate. Plus de 80 hauts responsables actuels et anciens, ainsi que plus de 150 entrepreneurs et fournisseurs, sont impliqués dans un réseau de pratiques irrégulières.

Conscient que l’audit n’était qu’une première étape, le gouvernement a mis en place une stratégie en deux volets parallèles. Le premier consiste à engager des poursuites judiciaires sur la base des preuves recueillies, tandis que le second vise à mettre en œuvre les recommandations pour réformer en profondeur les systèmes de gouvernance. Le ministre Moeti Mohwasa a appelé les personnes ayant illicitement bénéficié de fonds publics à restituer volontairement les actifs pour faciliter le processus de recouvrement.

Si l’opposition craint une chasse aux sorcières et que des syndicats réclament la publication intégrale du rapport, l’initiative est largement perçue comme un signal fort. En s’attaquant de front à ce qu’il a lui-même qualifié de « gangrène », Duma Boko tente de restaurer la confiance des citoyens et des investisseurs dans les institutions. Le succès de ce pari dépendra de la capacité du système judiciaire à suivre le rythme des investigations et des poursuites, et à traduire les promesses en actes pour un Botswana plus juste et plus prospère.

Kandem T.

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