Cacao, café, blé, vigne, autant de filières que la géographie sahélienne semblait interdire au Burkina Faso. Pourtant, sous l’impulsion de l’Offensive agro-pastorale et halieutique, ces cultures longtemps jugées incompatibles avec le climat national s’imposent aujourd’hui comme une réalité agricole tangible, portée par une volonté politique assumée de déconstruire les fatalismes.
Le Capitaine Ibrahim Traoré a lui-même dressé le bilan de cette bataille agricole lors de la cérémonie de montée des couleurs de janvier 2026, saluant une « production record » et mettant en avant le succès du blé, de l’ananas, de la vigne et surtout du cacao et du café. « Notre objectif n’est pas de produire pour vendre à l’extérieur, c’est de produire, transformer pour nous ici et pour nos enfants », a-t-il affirmé, encourageant la valorisation locale par des maîtres chocolatiers et torréfacteurs burkinabè.
Sur le terrain, la région des Hauts-Bassins, autour de Bobo-Dioulasso, a été désignée pour accueillir les premières plantations de cacao, avec des pépinières déjà arrivées à maturité. Dans le Nakambé, à Bèga, un champ de vigne de 4 hectares, extensible à 10, rassemble aujourd’hui 12 variétés cultivées avec l’appui d’un viticulteur burkinabè, dans l’objectif assumé de réduire les importations de vin. Des planteurs pionniers, comme celui qui expérimente cacaoyers, avocatiers et colatiers, témoignent d’un scepticisme initial peu à peu dissipé par les résultats.
Ces succès ne doivent rien au hasard climatique : ils sont le fruit d’une résilience institutionnelle assumée, faite d’irrigation maîtrisée, de périmètres aménagés et d’un accompagnement technique constant. Les difficultés persistent, l’accès à l’eau et la sécurisation des exploitations restant les principaux défis cités par les producteurs, mais l’État burkinabè a choisi d’y répondre par l’investissement plutôt que par le renoncement.
En osant l’expérimentation là où d’autres auraient invoqué la fatalité géographique, le Burkina Faso démontre qu’une gouvernance déterminée peut réécrire les frontières agricoles d’un pays. Le cacao, le café, le blé et la vigne ne sont plus des utopies importées, mais les symboles d’une souveraineté alimentaire qui refuse les verdicts du climat.
Joel Sama.
